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L’avenir de l’éolien flottant

Longtemps réservé à la terre ferme, l’énergie éolienne prend la mer. Mais pourquoi donc faire flotter des éoliennes sur l’eau ? Parce que les vents y sont plus stables et réguliers, et surtout beaucoup plus puissants que sur terre. Et contrairement aux éoliennes offshores classiques, qui sont directement posées sur le plancher océanique, les éoliennes flottantes peuvent être installées dans des zones plus profondes, et donc plus éloignées des côtes. Avec sa façade maritime, l’Occitanie possède un fort potentiel de développement pour l’éolien flottant. Deux fermes pilotes de quatre éoliennes chacune vont voir le jour en 2021 dans l’Aude, à une vingtaine de kilomètres au large de Leucate-Le Barcarès et de Gruissan. Une seule ferme doit permettre de couvrir l’équivalent des besoins annuels en énergie d’une ville de 50 000 habitants.

 

Des nurseries sous les éoliennes

Et si l’éolien offshore était une opportunité pour étudier et préserver la biodiversité marine ? Pour la première fois, la société Ecocean vient d’installer des Biohuts, ses nurseries pour tout petits poissons, à 16 km au large des côtes méditerranéennes. Une expérience qui permettra d’équiper, en 2021, un des futurs flotteurs géants du projet EFGL à Leucate.

Historique

Comment recréer de la biodiversité dans les ports ? Un enjeu de taille quand on sait que 20 % du littoral languedocien est artificialisé. Pour cela, la société Ecocean a créé les Biohuts en 2013, des habitats artificiels qui servent de nurseries pour les post-larves. Avec leurs quais droits en béton, les ports sont de véritables pièges pour les nouveau-nés, qui reviennent sur le littoral à la recherche d’un habitat favorable à leur développement mais qui se retrouvent sans protection face aux prédateurs. Un Biohut, c’est un peu comme un hôtel à insectes, mais pour les poissons et les crustacés. Une fois sous l’eau, rapidement colonisé par des micro-organismes, il va servir d’abri et de garde-manger aux bébés poissons le temps qu’ils atteignent la « taille refuge », où ils seront trop gros pour servir de proie aux autres poissons. La société montpelliéraine a équipé 25 ports en Méditerranée.

Restaurer l’écosystème et repeupler les fonds marins, c’est devenu une préoccupation majeure partout dans le monde. Les projets de récifs artificiels sont nombreux mais Ecocean est encore un des rares à s’intéresser aux post-larves.

Le projet

Ecocean participe aujourd’hui au projet d’éolien flottant remporté par la société Engie, au large de Leucate (Projet Eolienne Flottante du Golf du Lion, EFGL). Elle devrait équiper un de ses quatre flotteurs avec des Biohuts. Mais pour savoir quels seront les habitats les plus efficaces en fonction des espèces et de leur comportement, il fallait les tester.

Ecocean installe une vingtaine de Biohuts au large, à 16km des côtes. Mi-avril, ils ont été fixés à BoB, une bouée d’observation de la biodiversité de 15 mètres de haut, spécifiquement développée pour ce projet. Une fois mise à l’eau et fixée à son point d’ancrage, elle va permettre, pendant deux ans, de recueillir des données inédites sur l’écosystème marin au large des côtes.

Même si elle est impressionnante, BoB n’est qu’une miniature des énormes éoliennes flottantes (600 tonnes, 55 mètres de côté) qui seront installés en 2021.

Les Biohut installés sur la bouée sont fabriqués à base de produits locaux et 100% recyclables, ils vont capter la vie qui va se coloniser au large (d’où la présence de substrats type coquilles d’huîtres, briques, amidon de pomme de terre, …).

Quatre fois par an, des équipes de l’université de Perpignan (CREM-CEFREM-UPVD), qui travaille avec Ecocean sur de nombreux projets, vont plonger pour voir ce qui se passe dans et autour des Biohuts. Des experts en biophonie de l’unité Chorus de Grenoble viendront aussi écouter les sons émis par leurs occupants (Un Biohut, en protégeant la vie à l’intérieur, émet cinq fois plus de bruit qu’un habitat naturel).

Avec le projet Connexstere, les scientifiques vont aussi pouvoir évaluer et comparer la biodiversité entre des zones aménagées et des zones naturelles ; mais aussi observer les éventuelles relations entre le large et la côte. Comme elle l’a fait avec ses Biohuts, désormais présents dans une trentaine de pays, Ecocean espère que les données récoltées sur BoB, puis directement sur le flotteur, permettront d’améliorer la conception des futurs parcs éoliens.